La PKR, ou photokératectomie réfractive, corrige une amétropie en remodelant la surface de la cornée au laser excimer, après retrait de l’épithélium et sans découpe de capot. Elle est envisagée dans certaines situations où le LASIK n’est pas retenu. Cette page en décrit le principe, les indications, le déroulement, les suites et les limites. Le bilan réfractif est réalisé.
En résumé
La PKR agit à la surface de la cornée : l’épithélium est retiré, puis le stroma antérieur est photoablaté au laser excimer. L’absence de capot laisse un mur stromal plus épais et supprime les complications qui lui sont propres, ce qui peut convenir aux cornées fines ou aux activités exposées aux traumatismes. En contrepartie, la récupération est nettement plus lente et plus douloureuse qu’après LASIK.
Principe : photoablation de surface
Le laser excimer émet un rayonnement ultraviolet de 193 nanomètres qui rompt les liaisons moléculaires du stroma sans échauffement notable. La modification du rayon de courbure antérieur change la puissance optique de la cornée : la zone centrale est aplatie pour une myopie ; pour une hypermétropie, l’ablation porte sur un anneau périphérique, ce qui cambre la zone centrale et augmente la puissance de la cornée ; pour un astigmatisme, l’ablation est asymétrique selon les méridiens.
Contrairement au LASIK, aucun capot n’est découpé : le laser travaille directement sur le stroma antérieur. Les techniques cornéennes sont comparées sur la page chirurgie réfractive. Le laser excimer cité sur le site est un Bausch+Lomb TENEO 317.
Retrait de l’épithélium et variantes
L’épithélium peut être retiré mécaniquement, après application d’une solution alcoolique diluée, ou photoablaté par le laser : c’est la PKR transépithéliale, réalisée en un temps. La PKR topoguidée oriente le profil d’ablation d’après la topographie cornéenne et vise surtout à réduire des irrégularités optiques. Ces variantes modifient le confort et la cicatrisation ; leur supériorité réfractive n’est pas établie dans toutes les situations.
PKR réfractive et PTK : deux gestes distincts
La photokératectomie thérapeutique, ou PTK, utilise le même laser avec un autre objectif : traiter une atteinte superficielle de la cornée — érosions récidivantes, opacité ou irrégularité antérieure — et non corriger une amétropie. Elle peut induire un déplacement réfractif, souvent vers l’hypermétropie, anticipé mais non recherché. Ses indications relèvent des lasers thérapeutiques de la cornée.
Indications
La PKR est discutée pour des myopies, hypermétropies et astigmatismes faibles à modérés, chez un patient majeur dont la réfraction est stable. Elle est plus volontiers retenue lorsque l’épaisseur cornéenne, la topographie ou le mode de vie rendent le capot moins souhaitable : cornée fine, courbure atypique, sécheresse oculaire, sports de contact, activité professionnelle exposée aux traumatismes oculaires.
Association au cross-linking
Dans certains kératocônes stables, une photoablation topoguidée volontairement économe en tissu peut être associée le même jour à un cross-linking. L’objectif est de régulariser partiellement la surface, non de corriger complètement l’amétropie. Cette association reste réservée à des indications sélectionnées ; voir la page kératocône.
Bilan préopératoire
Examens réalisés
Le bilan comporte la réfraction avec et sans cycloplégie, l’acuité corrigée, la topographie et la tomographie cornéennes avec cartes d’élévation et d’épaisseur, la pachymétrie, la mesure du diamètre pupillaire en faible luminance, l’examen à la lampe à fente, la recherche d’une sécheresse oculaire, le tonus et le fond d’œil. La profondeur d’ablation prévue est confrontée à l’épaisseur mesurée.
Contre-indications
Sont notamment retenues : une réfraction non stabilisée, un kératocône ou une suspicion d’ectasie, une épaisseur insuffisante pour la correction envisagée, une sécheresse sévère, un antécédent d’herpès cornéen, une inflammation ou une infection évolutive, une cataracte, un glaucome non contrôlé, une pathologie rétinienne évolutive non traitée, certaines maladies auto-immunes. Certains traitements généraux conduisent à différer le geste. La grossesse et l’allaitement conduisent le plus souvent à différer le geste.
Déroulement
Anesthésie et durée
L’intervention est réalisée sous anesthésie topique, en ambulatoire. Le temps de laser proprement dit se compte en dizaines de secondes par œil. Les deux yeux peuvent être traités lors de la même séance ou de façon différée, selon les cas.
Les étapes
Après pose d’un blépharostat, l’épithélium central est retiré sur environ huit à neuf millimètres. Le laser délivre ensuite le profil d’ablation calculé, le regard fixant une mire, sous contrôle d’un système de suivi oculaire. Une application peropératoire de mitomycine C diluée est possible selon la profondeur d’ablation, afin de limiter le risque de haze. Une lentille pansement est enfin posée.
Suites et récupération
Les premiers jours
La récupération après PKR est franchement plus lente et plus douloureuse qu’après LASIK ; ce point doit être connu avant de choisir la technique. Les douleurs sont souvent marquées pendant vingt-quatre à soixante-douze heures, avec larmoiement et photophobie. La lentille pansement est retirée à la cicatrisation, en général entre le troisième et le cinquième jour. La vision reste floue et fluctuante plusieurs jours, puis s’améliore sur plusieurs semaines. Un arrêt d’activité est nécessaire.
Le suivi
La réfraction continue d’évoluer après la fermeture de l’épithélium ; une stabilisation n’est habituellement acquise qu’après un à trois mois, davantage pour les corrections fortes. Les contrôles sont rapprochés jusqu’à la cicatrisation, puis échelonnés sur la première année. Les corticoïdes locaux sont diminués progressivement, sous surveillance du tonus oculaire.
Le haze cornéen
Le haze est une opacité sous-épithéliale liée à la cicatrisation du stroma antérieur. Il apparaît surtout dans les premiers mois, régresse habituellement, et peut abaisser transitoirement la qualité de vision et la sensibilité aux contrastes. Sa fréquence augmente avec la profondeur d’ablation et l’exposition aux ultraviolets. La prévention repose sur la corticothérapie locale décroissante, la protection solaire et, dans certains cas, la mitomycine C peropératoire. Un haze persistant peut conduire à reprendre la corticothérapie.
Risques et limites
- Douleur des premiers jours, plus importante qu’après LASIK, et retard possible de cicatrisation.
- Haze, le plus souvent régressif, parfois persistant.
- Correction incomplète, surcorrection ou régression partielle, notamment après correction forte.
- Sécheresse oculaire, halos, éblouissement nocturne, baisse de la sensibilité aux contrastes.
- Kératite infectieuse, peu fréquente mais potentiellement sévère.
- Hypertonie oculaire ou cataracte sous corticothérapie locale prolongée.
- Ectasie cornéenne secondaire, rare, mais possible malgré l’absence de capot.
- La PKR ne restaure pas l’accommodation : la presbytie survient dans les mêmes délais qu’en l’absence de chirurgie. Une bascule réfractive destinée à améliorer la vision de près relève d’une démarche distincte, décrite sur la page opération de la presbytie.
Les résultats varient selon l’amétropie initiale, l’âge et la cicatrisation. Aucun résultat réfractif ne peut être garanti.
Prise en charge
La photokératectomie réfractive réalisée pour corriger une amétropie n’entre pas, en règle générale, dans le champ du remboursement de l’Assurance Maladie ; certains contrats de complémentaire santé prévoient une participation. Les conditions de prise en charge sont vérifiées lors de la consultation, en particulier lorsque le geste répond à une indication thérapeutique. Le Dr Clair-Florent Schmitt-Bernard exerce en secteur 2 sans OPTAM : un devis écrit est remis avant tout acte à honoraires libres. Le détail des tarifs de chirurgie réfractive est consultable sur la page tarifs et prise en charge.
Questions fréquentes
La PKR est-elle plus douloureuse que le LASIK ?
Oui. L’épithélium étant retiré, la surface reste à vif jusqu’à sa cicatrisation. Des douleurs souvent marquées surviennent pendant vingt-quatre à soixante-douze heures, avec larmoiement et photophobie. Une lentille pansement et des antalgiques sont prescrits. Après LASIK, la gêne dépasse rarement quelques heures.
Combien de temps faut-il pour récupérer la vision ?
La vision est floue et fluctuante les premiers jours, puis s’améliore progressivement. Une vision fonctionnelle est souvent retrouvée en une à deux semaines, mais la stabilisation réfractive demande habituellement un à trois mois, davantage après une correction forte.
Pourquoi proposer une PKR plutôt qu’un LASIK ?
Parce qu’aucun capot n’est découpé : le mur stromal postérieur reste plus épais à correction égale et les complications liées au capot n’existent pas. Cela peut être préférable devant une cornée fine, une sécheresse oculaire ou une activité exposée aux traumatismes. Le choix résulte du bilan.
Qu’est-ce que le haze et peut-on le prévenir ?
Le haze est une opacité cicatricielle superficielle du stroma, apparaissant surtout dans les premiers mois. Il régresse le plus souvent et peut abaisser transitoirement la qualité de vision. La corticothérapie décroissante, la protection contre les ultraviolets et, selon les cas, la mitomycine C peropératoire visent à en limiter le risque, sans le supprimer.
Quelle différence entre PKR et PTK ?
La PKR corrige une amétropie ; la PTK traite une atteinte superficielle de la cornée, telle que des érosions récidivantes ou une opacité antérieure. Le laser est le même, l’objectif diffère. La PTK peut modifier la réfraction, souvent vers l’hypermétropie, sans que ce soit son but.
Peut-on opérer les deux yeux le même jour ?
C’est possible, sans être systématique. Traiter les deux yeux ensemble concentre la gêne sur les mêmes jours ; les traiter successivement allonge la période de vision déséquilibrée. La décision tient compte du métier et de la correction de chaque œil.
Une retouche est-elle possible après une PKR ?
Une correction résiduelle ou une régression peut conduire à discuter une reprise, après stabilisation de la réfraction et au vu de l’épaisseur cornéenne restante. Une retouche n’est ni systématique, ni toujours possible. Aucun résultat ne peut être garanti par avance.
Références scientifiques
- Comparison of refractive surgeries (SMILE, LASIK, and PRK) with and without corneal crosslinking — J Cataract Refract Surg, 2024. PubMed 38288954 ↗
- Intracorneal ring segments implantation followed by same-day topography-guided PRK and corneal collagen CXL in keratoconus — J Refract Surg, 2013. PubMed 23311743 ↗
- Safety and Efficacy of the Phototherapeutic Keratectomy for Treatment of Recurrent Corneal Erosions — Ophthalmic Res, 2023. PubMed 37490883 ↗
Contenu médical revu par le Dr Clair-Florent Schmitt-Bernard — 31 juillet 2026
Chirurgien ophtalmologiste · RPPS 10003229605. Cette page fournit une information générale fondée sur les données acquises de la science à la date de révision indiquée. Elle ne constitue ni un diagnostic ni une prescription et ne remplace pas une consultation. Indications, bénéfices attendus et risques sont exposés individuellement.
Prendre rendez-vous
Les consultations ont lieu à Odysseum Ophtalmologie — Le Farenheit, 120 avenue Nina Simone, 34000 Montpellier. Le bilan et la chirurgie réfractive sont réalisés à la Clinique de la Vision Montpellier, 335 rue Louis Lépine, Montpellier. Rendez-vous par téléphone au 04 67 06 06 67.