La greffe de cornée remplace tout ou partie de la cornée par un greffon issu d’un don. Elle est envisagée lorsque la transparence, la régularité ou la structure de la cornée limite la vision et qu’aucun traitement moins invasif ne suffit. L’indication est posée après examen, en consultation à Odysseum Ophtalmologie. Les interventions sont réalisées à la Polyclinique Saint-Roch.
En résumé
La technique retenue dépend de la couche cornéenne atteinte : greffe de toute l’épaisseur, greffe lamellaire antérieure ou greffe endothéliale. Les greffes sélectives ne remplacent que le tissu malade et conservent les couches saines, ce qui modifie les suites et le calendrier de récupération. Les résultats varient selon la pathologie initiale, la technique et l’état des autres structures de l’œil.
Indications
Selon la couche cornéenne atteinte
D’avant en arrière, la cornée comporte un épithélium, la couche de Bowman, le stroma, la membrane de Descemet et l’endothélium. Ce dernier assure une fonction de pompe qui maintient la transparence du stroma ; ses cellules ne se renouvellent pas.
- Endothélium seul — dystrophie de Fuchs, décompensation œdémateuse après chirurgie intraoculaire, échec d’une greffe antérieure : une greffe endothéliale est le plus souvent discutée.
- Stroma, endothélium sain — kératocône évolué non appareillable, opacités stromales, séquelles infectieuses ou traumatiques : une greffe lamellaire antérieure peut être envisagée.
- Plusieurs couches — opacité intéressant toute l’épaisseur, perforation : la kératoplastie transfixiante conserve une indication.
Une baisse de vision d’origine rétinienne, glaucomateuse ou cristallinienne ne sera pas corrigée par une greffe, et certaines opacités superficielles relèvent d’un laser thérapeutique ou d’une autre technique de chirurgie de la cornée.
Bilan préopératoire
Examens réalisés
Le bilan précise le siège de l’atteinte et vérifie l’état des structures situées en arrière de la cornée : réfraction, lampe à fente, topographie et tomographie cornéennes, pachymétrie, microscopie spéculaire de l’endothélium, fond d’œil et, si le milieu n’est pas transparent, échographie. Une biométrie s’y ajoute lorsqu’un geste sur le cristallin est envisagé.
Contre-indications
Plusieurs situations conduisent à différer l’intervention ou à préférer une autre stratégie : infection oculaire ou palpébrale, inflammation non contrôlée, glaucome non équilibré, insuffisance limbique sévère, sécheresse marquée, anomalie de la statique palpébrale. Un potentiel visuel limité par une atteinte rétinienne ou du nerf optique réduit le bénéfice attendu. Ces éléments sont appréciés au cas par cas.
Déroulement
Le greffon : don, banque de tissus et délais
Le greffon provient d’un don. En France, le prélèvement de tissus relève du consentement présumé : toute personne peut s’y opposer de son vivant en s’inscrivant au registre national des refus. Les cornées prélevées sont adressées à une banque de tissus autorisée, qui assure la conservation, les contrôles microbiologiques, l’évaluation de la densité endothéliale et la qualification du greffon. L’Agence de la biomédecine encadre cette activité ; l’unité d’ingénierie cellulaire et tissulaire du CHU y participe.
Le délai d’obtention n’est pas fixe : il dépend de la disponibilité des greffons, des caractéristiques requises et du degré d’urgence. L’intervention est programmée lorsqu’un greffon qualifié est attribué.
Anesthésie et durée
L’intervention a lieu au bloc opératoire, le plus souvent sous anesthésie générale légère. Une anesthésie locorégionale peut être retenue lorsqu’il existe une contre-indication à l’anesthésie générale. Elle est plus courte pour une greffe endothéliale que pour une kératoplastie transfixiante. La prise en charge est habituellement ambulatoire, point confirmé en consultation d’anesthésie.
Les techniques
Kératoplastie transfixiante. Toute l’épaisseur de la cornée centrale est remplacée par un greffon suturé par points séparés, surjet ou les deux.
Greffes endothéliales — DMEK et DSAEK-UT. Seule la partie postérieure défaillante est remplacée, par une petite incision. La DMEK transplante la membrane de Descemet et l’endothélium seuls ; la DSAEK-UT y associe une lamelle stromale ultrafine. Une bulle d’air ou de gaz maintient le greffon, ce qui impose une position allongée sur le dos.
Étapes de la DMEK
La membrane de Descemet et l’endothélium centraux du receveur sont retirés par une petite incision. Le greffon, constitué de la membrane de Descemet et de l’endothélium du donneur, est injecté sous la forme d’un rouleau. Son orientation est vérifiée, puis il est déroulé et centré dans la chambre antérieure. Une bulle d’air ou de gaz le plaque contre la face postérieure de la cornée afin de permettre son adhérence.
Étapes de la DSAEK-UT
La membrane de Descemet et l’endothélium centraux du receveur sont retirés. Une lamelle ultrafine du donneur, comprenant une mince couche de stroma postérieur, la membrane de Descemet et l’endothélium, est introduite par une petite incision à l’aide d’un injecteur ou d’une glissière. Elle est déployée puis centrée contre la face postérieure de la cornée. Une bulle d’air ou de gaz la maintient en contact avec le stroma du receveur pendant l’adhérence.
Greffes lamellaires antérieures — DALK et ALTK. La DALK retire le stroma pathologique en conservant la membrane de Descemet et l’endothélium lorsqu’ils sont sains. L’ALTK remplace une lamelle antérieure d’épaisseur programmée ; dans certaines indications superficielles, la précision des plans de coupe permet une technique sans suture.
Assistance par laser femtoseconde. Lorsqu’elle est adaptée, la découpe au femtoseconde permet de programmer la profondeur et la géométrie des plans de coupe, y compris des profils d’emboîtement. Les données disponibles ne démontrent pas de supériorité systématique, notamment sur l’astigmatisme ; son intérêt est évalué pour chaque cornée.
Suites et récupération
Les premiers jours
Une coque de protection est mise en place. Gêne, larmoiement et sensibilité à la lumière sont fréquents. Un collyre corticoïde et un collyre antibiotique sont prescrits, à posologie décroissante. Après greffe endothéliale, le respect du positionnement allongé sur le dos conditionne l’adhérence du greffon. Sa durée et ses modalités sont précisées individuellement avant la sortie ; elles doivent être suivies strictement, y compris lorsque la vision semble s’améliorer. Efforts, frottements oculaires et piscine sont à éviter.
Le suivi
La récupération visuelle diffère fortement selon la technique. Après DMEK, elle est souvent obtenue en quelques semaines lorsque le déroulement est simple ; après DSAEK-UT, elle est un peu plus lente. Après DALK ou kératoplastie transfixiante, elle s’étale sur plusieurs mois et dépend du retrait des sutures, réalisé progressivement et jamais avant une cicatrisation suffisante. Un astigmatisme irrégulier résiduel est fréquent après greffe suturée : il peut relever de lunettes, de lentilles rigides ou sclérales, ou d’incisions arciformes au femtoseconde dans des indications sélectionnées.
Risques et limites
Aucune greffe ne garantit un résultat visuel. Les complications possibles comprennent l’infection, l’inflammation intraoculaire, l’hypertonie et le glaucome cortisonique, la cataracte, le retard de cicatrisation épithéliale, les complications de sutures, la perforation peropératoire de la membrane de Descemet en DALK avec conversion possible en kératoplastie transfixiante, le décollement du greffon endothélial, la perte endothéliale progressive et l’échec du greffon. S’y ajoute l’hémorragie choroïdienne peropératoire, exceptionnelle mais grave, propre aux techniques ouvrant l’œil.
Le rejet reste possible à tout moment, y compris plusieurs années après l’intervention. Les signes devant conduire à consulter sans délai sont une baisse de vision, une rougeur, une douleur ou une photophobie d’apparition récente. Reconnu tôt, un rejet peut souvent être traité ; sa fréquence et son pronostic diffèrent selon la technique. Le traitement corticoïde local est prolongé et son arrêt ne doit pas être décidé seul. Une surveillance à vie est nécessaire, même lorsque la vision est satisfaisante.
Une cornée greffée en pleine épaisseur conserve durablement une cicatrice moins résistante qu’une cornée intacte : un traumatisme direct peut la désunir, y compris plusieurs années après. Une protection oculaire est recommandée pour les activités exposées, et tout choc sur l’œil impose une consultation sans délai.
Prise en charge
La greffe de cornée est un acte thérapeutique. Hospitalisation, greffon et actes chirurgicaux relèvent des conditions habituelles de prise en charge par l’Assurance Maladie ; les conditions applicables à chaque situation sont vérifiées lors de la consultation. Le Dr Schmitt-Bernard exerce en secteur 2 sans OPTAM : les honoraires peuvent comporter un dépassement, et un devis écrit est remis avant tout acte à honoraires libres.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il attendre un greffon en France ? Le délai n’est pas fixe. Il dépend de la disponibilité des greffons qualifiés, des caractéristiques requises par l’indication et du degré d’urgence. L’intervention est programmée une fois le greffon attribué par la banque de tissus, et une date fixée peut être décalée si les contrôles ne sont pas satisfaisants.
Quelle récupération visuelle après une DMEK ? Après une DALK ? Les calendriers diffèrent. Après DMEK, la vision s’améliore souvent en quelques semaines lorsque les suites sont simples, aucune suture ne déformant la surface. Après DALK, elle s’étale sur plusieurs mois et dépend du retrait des sutures et de l’astigmatisme résiduel.
Quel est le risque de rejet et comment le reconnaître ? Le rejet est une réaction immunitaire dirigée contre le greffon, possible à tout moment, y compris tardivement. Sa fréquence dépend de la technique et du contexte. Les signes d’alerte sont une baisse de vision, une rougeur, une douleur ou une gêne à la lumière récentes : ils imposent une consultation sans attendre.
Les fils de suture sont-ils retirés ? Après kératoplastie transfixiante ou DALK, les sutures sont retirées progressivement, et seulement lorsque la cicatrisation le permet. Chaque retrait modifie l’astigmatisme, donc la correction optique, ce qui explique que la réfraction ne se stabilise qu’à distance. Les greffes endothéliales ne comportent pas de suture cornéenne étendue ; seule l’incision d’entrée peut nécessiter un point.
Peut-on corriger l’astigmatisme après une greffe ? Un astigmatisme, souvent irrégulier, est fréquent après greffe suturée. Il relève d’abord de la gestion des sutures, puis de lunettes ou de lentilles rigides ou sclérales. Sur une cornée stabilisée, des incisions arciformes au femtoseconde peuvent être discutées ; la correction obtenue reste partielle et variable.
La greffe de cornée est-elle prise en charge par l’Assurance Maladie ? Il s’agit d’un acte thérapeutique relevant des conditions habituelles de prise en charge. La part remboursée, le rôle de la complémentaire santé et les éventuels dépassements sont exposés en consultation, et un devis écrit est remis avant tout acte à honoraires libres.
Le suivi s’arrête-t-il un jour ? Non. Une cornée greffée nécessite une surveillance à vie, même lorsque la vision est bonne et stable ; le rythme des contrôles s’espace avec le temps. Elle permet de dépister un rejet, une hypertonie ou une perte endothéliale progressive à un stade plus simple à traiter.
Références scientifiques
- Systematic review and meta-analysis of femtosecond laser-enabled keratoplasty versus conventional penetrating keratoplasty — Eur J Ophthalmol, 2021. PubMed 32223431 ↗
- Long-term results of femtosecond laser-assisted sutureless anterior lamellar keratoplasty — Ophthalmology, 2011. PubMed 20869117 ↗
- Vector Analysis of Femtosecond Laser-Assisted Arcuate Keratotomy for Post-Keratoplasty Astigmatic Correction — Ophthalmic Res, 2019. PubMed 31167213 ↗
- Bowman layer transplantation to reduce and stabilize progressive, advanced keratoconus — Ophthalmology, 2015. PubMed 25596620 ↗
Contenu médical revu par le Dr Clair-Florent Schmitt-Bernard — 31 juillet 2026
Chirurgien ophtalmologiste · RPPS 10003229605. Cette page fournit une information générale et ne remplace pas une consultation. Indications, bénéfices attendus, risques et alternatives sont exposés individuellement en consultation préopératoire. Consulter le parcours complet.
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